Association Ny Aina

Économie

vendredi 15 janvier 2010

Un conservatoire de la technique, c’est ainsi qu’apparaît l’économie malgche ; des techniques, les unes venues du fond des âges, d’autres apparues au moyen-âge, ou introduites depuis, sont également vivantes et productives.

Faisons l’inventaire des transports ; les malgaches sont d’infatigables marcheurs ; tirant, poussant, portant, suivant les zébus, de nuit, de jour, seuls, en famille ou en groupes, ils marchent pour aller au marché hebdomadaire ou traverser le pays. Le portage est bien présent, à la campagne, mais aussi en ville, pour amener les produits au marché ou transporter les briques ; si les chaises à porteurs (filanjana) n’existent plus que dans les régions dépourvues de pistes, les pousse-pousse sont présents dans presque toutes les villes ; chaque ville a son modèle, suivant son relief et ses traditions. Toutes sortes de chariots à traction humaine transportent diverses marchandises, mais le grand succés du transport traditionnel est la charrette à zébus, partout présente et transportant tout ; on peut voir encore quelques calèches tirées par des chevaux. les vélos et les voitures ont tous les âges ; beaucoup de taxis, 4L ou 2CV ont plus de quarante ans : certains taxis-brousse à la charge toujours excessive, ont le même âge. Si quelques progrès ont été faits récemment, le réseau routier est très insuffisant. Les camions assurent l’essentiel du transport, les trois lignes de chemin de fer n’ont pas été modernisées.

La navigation est l’autre mode de transport ; on utilise tout ce qui flotte, à commencer par les radeaux de bambous qui ravitaillent Mananjara ; les paysans descendent la rivière, vendent les marchandises, vendent les bambous et rentrent à pied. Si le radeau est localisé, la pirogue est partout et sert à tout ; il y en a de toute sorte et pour tous les usages ; il n’y en a jamais eu autant et seule la rareté des arbres en limite le nombre. Sur le canal des Pangalanes, des barques en bois à moteur hors-bord servent d’autocar et de camion. Sur la côte ouest, des voiliers, boutres et goélettes, font le cabotage, tandis que à l’est ce sont des bateaux motorisés ; les lignes régulières sont rares mais le tramping dessert vingt ports dont cinq possèdent des équipements, mais deux seulement, Taomasina et Ehoala peuvent recevoir de grands bateaux.

Air Madagascar, la compagnie nationale, est la fierté et la vitrine de Madagascar ; ses avions, très modernes, desservent cinquante escales dans l’île et une vingtaine à l’extérieur : Océan Indien, Afrique, Europe et Asie. Avec une activité qui représente deux pour cent de l’activité économique de Madagascar, elle se place parmi les premières entreprises du pays, et c’est la première pour la qualité de son équipement et la technicité de son personnel. Par contre, se procurant toutes ses fournitures à l’étranger, elle reste en marge de l’économie malgache.

Les autres secteurs d’activité connaissent la même disparité. L’extraction minière s’étend des orpailleurs de la Namorona à la gigantesque carrière d’ilménite que Rio Tinto exploite à Taolagnaro. L’agriculture varie de la culture sur brûlis aux grandes sociétés sucrières, aux immenses bassins d’aquaculture et jusqu’au projet inattendu de Daewoo.

Les échanges se font de diverses manières. Le troc est encore pratiqué, surtout pour rémunérer des services : des jeunes s’engagent quelques années chez les éleveurs de zébus, et reviennent avec quelques bêtes ; les parents d’élèves rémunèrent les enseignants en “paddy et/ou argent liquide et/ou parcelle de terre à cultiver pendant une durée limitée...” ; le Programme Alimentaire Mondial rémunère les auxiliaires recrutés sur place en VCT (vivres contre travail).

La monnaie malgache est l’ariary dont le nom vient de l’arabe “al rial” : avant la colonisation, il n’y avait pas de monnaie véritable, mais l’ariary était l’unité de compte à laquelle se référaient les autres pièces d’argent souvent fragmentées ; en particulier, 5 ariary valaient 24 francs ; les français ont imposé le franc comme monnaie officielle en établissant une contre-valeur de 1 ariary pour 5 francs, ce qui a créé quelques confusions. Depuis 2004, le franc malgache FMG n’a plus d’existence officielle, et l’ariary MGA est la seule monnaie légale. Les transactions sont le plus souvent réglées en liquide, ce qui provoque des manques de liquidités pour la collecte des récoltes.

Les banques ont été modernisées et fonctionnent convenablement ; elles ne sont toutefois utilisées que par une minorité, et l’épargne et le crédit sont peu pratiqués.

L’attribution d’argent ou de ressources sans contrepartie joue un rôle important dans l’économie malgache, depuis l’effacement miraculeux de la dette en 2002, jusqu’aux petits ou grands cadeaux du clientélisme, sans oublier toutes les formes de parrainage et de “lutte contre la pauvreté” ; si ces attributions sont utiles à beaucoup de pauvres, elles ont aussi l’inconvénient de fausser le fonctionnement de l’économie et de la société.

La disparité des techniques présentes à Madagascar se retrouve au niveau des revenus et de la consommation où les uns comptent en centimes d’euro alors que les autres comptent en centaines d’euros. Cette situation perdure depuis la période coloniale où les pratiques traditionnelles assuraient la subsistance de la population, tandis que la modernité était réservée aux cultures d’exportation. Il y a même une aggravation car les fonctionnaires coloniaux supportaient contrôles et évaluations de résultats, ce qui n’est pas le cas des dirigeants politiques depuis l’indépendance.

Les ressources naturelles sont convenables ; la géologie et le climat autorisent toutes les cultures tropicales et méditerranéennes ; Madagascar est premier producteur mondial de vanille et produit aussi café, cacao, épices et parfums ; les céréales, surtout riz et maïs, mais aussi blé, sorgho et sésame, et les autres cultures vivrières alimentent le marché local ; suivant un dicton, aujourd’hui périmé, il y aurait autant de zébus que d’habitants. Les 5000km du littoral présentent un vaste domaine peu ou mal exploité ; la destruction de fa forêt malgache, qui se poursuit depuis des siècles, sera bientôt achevée. Les ressources minières, réelles et relativement importantes, sont aussi l’objet de fantasmes, de convoitises et de trafics.

La pauvreté, souvent citée comme une caractéristique de l’économie malgache, mériterait d’être étudiée ; en effet, la plupart des actions censées lutter contre la pauvreté, si elles soulagent heureusement quelques victimes, n’améliorent en rien le sort de l’ensemble des malgaches pauvres.


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